Toute chose dans ce monde commence par un questionnement : pourquoi ceci au lieu de cela, la façon dont elle devrait se réaliser — de la conception à la naissance, comme un bébé —, et comment  elle devrait se terminer : « Doit-on débrancher la machine ou la laisser aller éternellement jusqu’à la fin? Mais quelle fin? ». C’est, la question qui tue et que nous nous posons sans cesse, inconsciemment. C’est dur à dire, mais toute chose doit commencer par un essai et comporter des erreurs et seuls nous-mêmes savons où nous voulons aller. Peut-être pas toi, mais « l’autre toi » le sait. On a tous une deuxième voix qui nous tourmente l’esprit 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7; cette voix qui se met dans notre chemin, cette voix qui nous crée des obstacles… D’où vient-elle? C’est à ce moment que nous nous demandons « Est-ce que ces obstacles créés par mon moi intérieur ne sont rien d’autre que des objectifs purement imaginaires qui me rendraient plus fort si je les franchissais? Ou est-ce que ce stress non constructif créé inutilement par mon cerveau (parce qu’il n’a rien de mieux à faire) me cause toute cette insécurité? » Question après question, après encore d’autres questions, ça ne se terminera jamais. « Comment dois-je me présenter à ma première date? » « Quels sous-vêtements devrais-je mettre? » « Est-ce que le tapis doit s’agencer aux rideaux? » « Où dois-je aller pour mon premier rendez-vous? » « Que faire si la personne ne m’aime pas comme je suis? »

En temps normal, tu es confiant, mais pour une raison ou une autre, il y a un malaise. Te voilà prêt depuis 8 heures le matin, habillé en veston cravate, attendant impatiemment sur le sofa comme un chien fidèle qui attend son maître pour jouer à la balle, mais ton rendez-vous n’est qu’à 21 heures. T’as pratiquement rien mangé — à peine as-tu rongé tes sangs à satiété — et tu brûles des calories à t’inquiéter  inutilement en te posant des questions depuis le début. Voilà, tu viens de réaliser combien on peut manquer de confiance en soi même si on veut se faire croire le contraire. Au fond de nous, on a tous cette voix gossante. Donc que fais-tu pour déstresser? Tu t’en vas caler un café? Tu ne peux pas, car tu t’en vas au Starbucks avec ta date. Tu commences par manger un grilled cheese? Absolument pas, tu t’en vas manger un morceau avec ta date. Tu t’en vas faire une marche? Vraiment pas, car tu t’en vas faire exactement ça avec ta date. Tu te fais une autosession de plaisir charnel? Tu me niaises-tu? J’espère que ton tapis ne jure pas  avec tes rideaux. Ne gaspille pas ton énergie inutilement, parce que qui sait, peut-être que pendant votre rendez-vous romantique elle décidera de t’inviter à faire une soirée Netflix and Chill et tu n’auras plus rien à lui offrir? Ah, je sais! Tu pourrais lui écrire un poème! Fais gaffe. Molière maniait habilement l’alexandrin, mais toi, tu ne manies que les onomatopées et les binettes. Oublie ça. Alors, que faire? Tu t’en vas te coucher? Absolument ! Retourne te coucher et réfléchis à tout ce stress inutile. Ton cerveau travaille quand tu dors alors nourris-le et laisse-le aller. Pourquoi es-tu stressé anyway? Si cette personne te fait peur même avant d’avoir tenté quelque chose avec elle, tu auras peur toute ta vie. Il est important, malgré tout, de ne jamais baisser les bras, parce que sinon, la vie va te coller une gauche dans la face. Il vaut mieux anticiper les coups durs que d’être obligé de contre-attaquer.

C’est facile maintenant, tu n’as qu’à installer l’application Tinder, ajouter une photo et une bio banale et glisser vers la droite toute ta vie pour te rendre compte, au final, que tout ce jeu n’est rien d’autre qu’une compétition sans fin avec… toi-même. Au lieu de te tourner les pouces toute la journée, poursuis tes rêves, lève-toi le matin avec un but dans la tête au lieu de rester dans un coma à te demander si tu ne devrais pas débrancher la machine ou la laisser aller éternellement. Imagine nos ancêtres en ce moment qui nous disent :

« Dans notre temps, on n’avait pas Nintendo pour faire des dates, on allait chasser le bœuf pour faire vivre notre famille pis on rencontrait une femme guerrière amazonienne dans les champs vêtue de poil d’ours, couverte de sang de la proie qu’elle vient de tuer. On n’était pas en train de faire des bouches de cul-de-poule, comme si on était en train de manquer d’air, avec des leggings serrés pour montrer avec fierté nos courbes et pour faire voir que nous somme allé au gym. »

Hey, Poncasse! On est en 2016, on a tous rendu l’âme aux raccourcis qui mènent ce monde maintenant. Tinder is the way to go. Netflix and Chill is the thing to do. Mettre nos photos de notre bouffe sur Instagram pour que les affamés démunis de ce monde puissent liker notre photo, c’est rendu notre style, ti-casse. Te rends-tu compte qu’on a merdé dans plusieurs domaines dans notre génération? Des fois, j’arrête tout ce que je fais et je réalise que je vis dans une boussole qui a perdu son nord et que l’aiguille capote dans tous les sens. Une vraie roue à hamster. Je me dis que je ne suis certainement pas le seul à penser ça. Nous sommes sept milliards sur la Terre, alors même si on dit que chaque personne est unique, certainement que quelqu’un, quelque part, nous ressemble, peut-être même  à 99 %. Donc, j’arrête tout ce que je fais et je me dis souvent « Merde! On est tous en train de vivre pour être son propre esclave! » Tu sais comme moi que  les singes n’ont rien à branler de l’argent, de la société, des lois, des règles, des patrons, des ordinateurs, des iPhones, pis des chars. Dans leur jungle comme dans la nôtre, on vit et on survit à notre façon. Leur salaire, comme le nôtre, c’est ce qu’on récolte par l’effort : pour eux, c’est un territoire, des femelles et de la bouffe. Et un mâle alpha qui supervise tout ça. Pour l’homo sapiens que tu es, sa conquête c’est un territoire, des femmes et de la bouffe. Et un patron qui te pourrit l’existence.  D’accord, entre primates, on se ressemble. Je trouve que leur réalité est quand même plus intéressante que la nôtre, celle où le monde prétentieux s’habille pour flasher avec du Lacoste, du Gucci, du MK et se vante d’avoir 100 000 followers sur Instagram. Souvent je me demande si ces 100 000 suiveux ne sont pas des moutons qui suivent quelqu’un parce que « tout le monde le fait ». Des fois, je regarde mon Chat Sale et je me dis : « J’aimerais ben ça être un chat pour 24 heures, n’avoir aucun stress, dormir et jouer toute la journée, ne pas me lever à 6 h 30 chaque matin pour me faire chialer dessus par mon boss — celui qui porte du Hugo Boss, qui est meilleur que moi, qui me regarde de haut et qui me considère comme  son esclave de bureau. » En passant, se lever aussi tôt devrait être illégal. Ça suffit, toutes ces questions. On survit et on tourne la page.