Salut, le jeune! Je te sors de ton monde virtuel pour te faire causette dans le merveilleux monde du réel. Je veux te parler de l’esprit de l’escalier. Tu te demandes de quoi il s’agit, n’est-ce pas? Toi qui es mordu des films d’horreur, tu penses sans doute qu’il y a des esprits dans l’escalier de la cave et ce soir, tu auras peur en descendant. Détends-toi, c’est autre chose dont je veux te parler. L’esprit de l’escalier, c’est un concept que je te décrirais comme lorsque quelqu’un te dit quelque chose de défavorable, par exemple, tu ne sais pas quoi répondre pour te sortir de ta mauvaise posture et quand le moment fatidique est passé et que tu as eu l’air con, tu te dis: « J’aurais dû dire ceci ou cela. » C’est l’esprit dans le sens de… sens. Et pourquoi l’escalier? Imagine-toi sur un petit podium à l’école. Tu finis de faire ton exposé oral et pour tester si tu connais bien ta matière, le prof et les élèves te posent des questions. Tu balbuties des éléments de réponse, tu tricotes autour du sujet et tu voudrais disparaître sous le tapis parce que tout sort tout croche ou tu as oublié ce que tu voulais dire. Honteux, les joues rouges, tu descends de ton podium et c’est seulement à ce moment que toutes les réponses te reviennent en mémoire et tu aurais pu livrer la performance de ta vie… mais il est trop tard et tu n’as pas une deuxième chance de faire bonne impression.

C’est complètement débiné que tu sors ensuite pour la récré. Ton exposé oral, c’était un flop. Voilà que s’amènent trois gros imbéciles qui se moquent de toi et t’insultent en te bousculant. Sur le coup, tu ripostes, tu lances des injures, mais ça les fait rire. Ils t’écrasent en ricanant et par malheur, tu sais que ce n’est qu’une fois qu’ils seront partis que tu sauras quoi leur dire. Et là, je t’assure, ça ne sert à rien de crier « Celui qui le dit, c’est lui qui l’est! » On a passé ce niveau-là. Attends que la gang reparte et tu retrouveras tes moyens. Lorsque tu auras trouvé la réplique qui frappe, écris-la donc pour éviter de l’oublier et répète-la devant ton miroir chez toi. Il y aura peut-être une deuxième fois; il faudra être prêt à contre-attaquer.

Pourquoi est-ce que ton cerveau gèle comme ça? Pourquoi l’esprit de l’escalier te jette-t-il un mauvais sort? C’est parce que tu étais dans ta zone de confort et que tu ne te méfiais pas des personnes qui t’entouraient. Tu n’es pas habitué à sortir de ton monde virtuel. Les attaques verbales ont eu sur toi l’effet d’une douche glacée. Je ne te juge pas, mais si tu ne réchauffes pas assez ton cerveau, il va tomber en état de dormance. En hibernation. Et l’hiver est long chez nous. Il va perdre des voyelles en cours de route et tu ne pourras que balbutier des consonnes. Tu remarqueras que de nombreuses onomatopées que tu utilises n’ont pas de voyelle. Il fait froid : brrr! Je suis fâché : grrr! Je me sens bien, je ronronne : krrr, krrr, krrr! Tais-toi : chhht! C’est bon : hmmm! Relis les messages que tu écris dans ton monde virtuel… ça ressemble à ça. Une espèce de langue chiffrée, inconnue de tes ascendants et de tes aïeux. Les jeunes ne se parlent plus; ils ânonnent, psalmodient et baragouinent. Sais-tu ce que veulent dire ces mots? Cherche-les dans le dictionnaire.

Bref, mon jeune ami, si tu trouves que tu as un cerveau lent qui ne fonctionne que par temps de grands vents (tiens, toi!) et à retardement, c’est que tu ne lis pas assez. Tu dois faire le plein de vocabulaire et connaître ton ennemi pour le vaincre intelligemment, par des mots. Et non, Facebook ce n’est pas de la lecture. Visualise ce qui peut t’arriver dans la vie et prépare-toi. Regarde les gens autour de toi dans la vie réelle. Les bons sont bons, mais les méchants peuvent être très méchants. Et te suivre jusque chez toi. Que feras-tu si ça arrive? Tu ne peux pas simplement te déconnecter de ta session de clavardage. Ils sont là, devant toi! Je ne te souhaite rien de tel, mais un jour de détresse, tu devras raconter tes malheurs à des gens, des intervenants. Il te faudra te faire comprendre et exprimer tout ce que tu ressens, là, au moment où ils seront là pour t’écouter. Ce n’est pas rendu chez toi que tu pourras te dire « Ah! Oui! Je voulais vous dire ceci et cela. » Apprends à connaître tes besoins et à orienter ton état d’esprit vers les solutions. C’est un art à la portée de tous, mais tu pourrais avoir besoin d’un mentor personnel ou de séances de relation d’aide. Fonce, tu en vaux la peine!