« Oups! S’cuse. » « Excusez-moi. » « Oh! Je ne t’avais pas vu! »

Eh! Oui, toi, le cyberjeune, rejeton de la génération Z, issu de parents de générations X et Y, c’est à toi que je m’adresse! Toi qui es né à l’ère de la technologie intelligente dont tu ne peux plus te passer, relève la tête et regarde où tu vas au lieu de déambuler en regardant constamment ton téléphone, marchant avec le menton appuyé sur ton sternum et textant tes états d’âme à toute la planète. Tu ignores ce qu’est la mobidépendance, n’est-ce pas? Ne te donne pas la peine de chercher, je t’en livre la définition d’Antidote : « Dépendance psychologique créée chez une personne par l’utilisation excessive de son téléphone mobile et caractérisée par un état de manque ou d’anxiété quand elle en est privée. » En plus, tu enfreins la loi quand tu textes en te déplaçant à pied sur la voie publique, dixit la Société d’assurance automobile du Québec. Je devrais créer des voies bidirectionnelles en retrait des trottoirs pour les piétons qui textent en marchant et qui risquent de se rentrer dedans comme des poules sans tête.

La mobidépendance rend doublement malade : sur le plan psychologique, bien sûr, mais aussi sur le plan physique. Tu sais, c’est avec ta génération qu’est arrivé le syndrome du texteur — cou recourbé, douleur au cou, aux épaules, aux bras, à la tête et aux poignets —, et c’est sans compter les accidents de la route, encore trop nombreux. Bien sûr, nos ancêtres, les primates, avaient le dos et le cou courbés, mais tu n’es pas fait pour ça, toi. Et puis ce doit être stressant d’avoir peur de perdre sa vie entière qui repose en paix dans une petite boîte munie d’un écran. Est-ce que tu mourrais si tu appuyais sur Supprimer? J’en doute.

Sais-tu ce que nos ancêtres faisaient pour communiquer entre eux? Je ne te parle pas de tes arrières-grands-parents qui s’envoyaient des lettres par la poste. C’est bien avant eux. À l’époque où les gens n’avaient que du papier, des crayons et leurs jambes, c’est un messager qui courait pour livrer le courrier d’un village à l’autre. Il pouvait courir des kilomètres simplement pour aller livrer au roi un bout de papier portant le message « lol : P ». Pour cette livraison, le messager avait dû parcourir des kilomètres et rencontré des loups et des mercenaires qui voulaient sa peau. Toi qui te confines à ta chambre, qui mange mal, qui ne voit et n’entends plus quoi que ce soit, et qui procrastines dans le monde réel pour être plus performant dans le monde virtuel… tu es en train de préparer ton lit de mort.

Il n’est pas trop tard pour renverser la vapeur et mettre fin à la mobidépendance. Tu peux consulter un psychologue, un vrai. S’il est dans ton téléphone mobile, ce n’est pas un vrai. Tes amis, les vrais, préfèrent ta présence à tes baragouinages sur Facebook. Tes parents préfèrent te serrer dans leurs bras plutôt que de t’envoyer des binettes. Tes camarades de classe et tes professeurs préfèrent te voir participer plutôt que de regarder tristement ta coquille vide, figée dans un autre monde.

As-tu remarqué combien la vie est un cercle vicieux? Un peu comme ce blogue, rappelle-toi. Un jour, on attend la technologie de pointe pour agrémenter notre vie et un autre jour, on l’éliminerait pour rehausser notre qualité de vie. Et toi, si tu gardes le dos courbé, la tête baissée et les doigts qui font de l’arthrite, tu t’apercevras que ta morphologie prend des allures de primate ou de créatures inférieures trop peureuses pour sortir de leur trou, trop stressées pour affronter leurs congénères et trop pleines de questionnement pour comprendre leur propre vie. Finalement, tu finiras par te rendre compte que tu es bien mieux de rester chez toi en faisant un Netflix and Chill. Nous revenons à la case de départ.